Transport par câble à Antananarivo, le projet controversé avance dans la procédure de mise en œuvre

Illustration: Présidence de la République de Madagascar

La mise en œuvre du projet de transport par câble serait effective en 2023. Après l’acquisition d’une partie du financement, l’office national de l’environnement (ONE) procède actuellement évaluation environnementale

Le financement du projet est en grande partie acquis, les travaux d’aménagement et de construction des infrastructures par câble sont décrétés « d’utilité publique », la majorité des membres du conseil municipal a donné le pouvoir à l’organe exécutif de la ville d’Antananarivo de décider sans passer par ce conseil pour ce qui est de ce projet « téléphérique » ;  l’évaluation environnementale est en cours. Cependant, le projet est sujet à de nombreuses controverses, notamment par rapport aux priorités sur lesquelles l’Etat est sensé se pencher. Sur le rapport coût et solution entre ce projet « téléphérique » et la saturation de la ville en terme de circulation. Sur le déséquilibre entre projet au bénéfice de la Capitale et ceux destinés aux autres régions de la Grande île…

Le conseiller municipal Toavina Ralambomahay se désole que la majorité de ses pairs ait décidé de donner à l’organe exécutif de la Commune urbaine d’Antananarivo de prendre seul les décisions en rapport avec ces installations de câble. « Maintenant, qu’il y ait expropriation, démolition ou autre, le conseil municipal n’aura plus son mot à dire. Nous n’avons plus la possibilité de protéger la population » affirme-t-il.

Des consultations publiques dans le processus

L’ONE tient ce 14 décembre une séance information et une consultation publique concernant la mise en place de transport par câble, appelée projet « téléphérique » dans la ville d’Antananarivo. Ce sont les habitants des quartiers d’Andafiavaratra, Manjakamiadana, Ampamantanana, Ankazotokana ambony, Faliarivo, Ambatoroka, Ampasanimalo, Tsiadana, du deuxième arrondissement qui sont consultés. La consultation publique a lieu au gymnase couvert de Mahamasina et entre dans le cadre de l’étude d’impact social et environnement qui est la mission de l’office.

Le public peut également émettre son avis dans un registre placé au niveau de chaque quartier concerné par le projet jusqu’au 29 décembre. Le transport par câble sera constitué de deux lignes, la ligne jaune reliera Anosy, Andohalo, Ambanidia et Ankatso. La ligne Orange : Anosy, Ambohijatovo, Analakely, Soarano, Antanimena, Ankorondrano, Ivandry, Ambatobe. Ce transport par câble, d’après la présidence de la République permettrait le transport de 40 000 personnes par jour et « à terme, ce système de lignes téléphériques vise à restructurer le réseau de transport en commun afin de favoriser la mobilité de la population de la capitale, de reconquérir les espaces publiques face à la saturation en automobile et permettrait la congestion urbaine ». POMA, l’opérateur spécialisé du système de transport par câble et COLAS (génie civil) sont chargés des travaux d’installation des deux lignes.

Un projet qui coûte 151 millions d’euro

Une partie du financement du projet est du Trésor français. Sur son site, le Trésor français détaille ce prêt « Son financement comporte un prêt direct du Trésor de 28 M€, mixé avec un crédit bancaire de la Société Générale de 88 M€, garanti par Bpifrance Assurance Export ». Le protocole financier a été signé à Paris le 20 septembre. Il s’agit d’un accord gouvernemental entre l’Etat malagasy et le Trésor public français. Signatures actées par Rindra Hasimbelo Rabarinirinarison, ministre de l’économie et des finances de Madagascar et Franck Riester, ministre délégué auprès du ministre français de l’Europe et des affaires étrangères.

Le conseiller municipal Toavina Ralambomahay, d’idéologie humaniste écologiste s’insurge contre ce projet : « c’est toute la population malgache qui devra rembourser ces 151 millions d’euro. L’Etat devra débourser dans les 15 millions d’euro pour la réalisation de ce projet, ce qui aurait beaucoup servi à aider la population du sud de Madagascar face à la famine qui y sévit (par exemple). D’innombrables raisons font que ce projet n’est pas une priorité ».

Malgré les critiques donc, le Président de la République Andry Rajoelina avance à grands pas vers la réalisation de ce projet. De retour à Antananarivo après son voyage aux Etats-Unis et en France, où la signature du protocole financier a été effectué, il a martelé « nous perdons du temps aux critiques mal placées ». Que Madagascar ne se développe pas à cause de débats qui n’ont pas lieu d’être.

 

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