Michela Ramitomboson – fashion designer : “La découverte de soi par l’habillement”

Michela Ramitomboson, la créatrice qui pose Madagascar sur les habits. Photo : ©Mamy time

Michela Ramitomboson est fashion designer et créatrice de la marque éthique malgache My Mitoo. Son talent, son attrait pour le dessin et les habits l’emmènent à fonder son entreprise et de marquer l’existence de plusieurs personnes : ses clients.

La joie qui l’anime dans les récits de ses aventures de création et ses innombrables anecdotes témoignent de sa passion pour son art.

Une passion de longue date

A 5 ou 6 ans, Michela gagne un certificat pour avoir dessiné ce qu’elle a vu au parc de Tsimbazaza. Dans son adolescence, elle dessine sur ses vêtements et les accessoirise pour les rendre moins simples et moins banaux. « Je viens d’une famille modeste et je n’avais pas les moyens de porter des habits trendy. Je piquais les T-shirts et les pantalons de mes frères. Je transformais un peu mes vêtements. La façon dont je les portais était mon identité » raconte-t-elle. Elle ne savait pas encore qu’elle en ferait son métier. Néanmoins, cette expression par les habits est à la base de la fidélité de ses clients actuels.

Avant 2014, Michela Ramitomboson modifiait et personnalisait les jeans, elle réalisait des jeans vintages et ainsi elle a rencontré ses premiers clients. Elle raconte « je vendais les jeans au marché de noël de Tanà Water Front. Je courais entre mon travail de l’époque et le stand que je devais tenir à midi ». L’originalité de ses jeans et le Vita Malagasy étaient à la base de l’attachement à ses créations. Sur son stand, elle faisait connaissance avec les clients et la suite, jusqu’à ce jour, dépend du bouche à oreille.  En 2014, elle se classe deuxième lors d’un concours de stylisme sur le thème « Tradition et modernité » à l’île Sainte Marie lors du festival des arts métissés. Elle travaillait surtout le raphia. En 2021, My Mitoo a participé au Mihamy Mada Fashion à Antananarivo. La marque prepare un défilé de mode qui se tiendra d’ici trois ou quatre mois.

Les vêtements : une manière d’affirmer ou d’imposer la personnalité

Photo: ©Fabio Thierry Photography

Il est arrivé à plus d’un de porter des vêtements qui met mal à l’aise, qui ne permet pas de suivre les envies de mouvement. « Il arrive qu’on s’afflige, que les vêtements que nous mettons nous obligent à nous tenir droit. J’aime travailler sur du tissu fluide et respire, doux sur la peau».

Michela qui a grandi à Toamasina, y pratiquait la danse. Garçon manqué, elle souligne toute l’importance du confort dans les habits, ce qui la pousse à créer des vêtements qui mettent à l’aise ceux qui les portent. « Il faut qu’on oublie ce qu’on porte et qu’on profite du moment » lance-t-elle. Parmi ses produits, My Mitoo propose des habits qui peuvent être portés à toutes les occasions : au travail, au quotidien, à la plage, et à des événements plus festifs. Le confort, la qualité, le design, l’élégance sont toujours présents.

Michela Ramitomboson soutient que les envies de ses clients évoluent au fur et à mesure qu’ils portent les vêtements créés par la fashion designer. De son point de vue et de par le retour de ses clients, « porter les vêtements My Mitoo est une découverte de soi ». Elle donne des détails sur son vécu « cela fait plaisir de recevoir les messages et les appels des clients lorsqu’ils me disent qu’ils ont passé une belle journée grâce au vêtement, même s’il s’agit juste d’un haut. Mon équipe et moi, nous assistons à l’évolution des personnes, comment elles s’affirment. Au départ, certain(e)s client(e)s ne savent pas ce qu’elles/ils veulent. Maintenant ils savent de mieux en mieux. Ils s’imposent, s’affirment. Ils donnent plus d’expression à leurs personnes. Ils vont plus loin dans leurs demandes ».

Inspirée par la nature, l’environnement et la culture

Michela est diplômée en Architecture. Lorsque la question lui est posée sur le lien entre le stylisme et l’architecture, elle répond « j’ai intégré l’école d’architecture pour créer. Maintenant au lieu de créer un habitat, je crée une couverture pour le corps. Les vêtements sont pour moi de l’architecture, c’est très technique, très géométrique. Je calcule, je mesure, je découpe des petits morceaux que j’assemble. Beaucoup de passages sur les finitions. Il faut respecter les étapes. Il faut marier les formes, les couleurs et les thèmes ».

La styliste s’inspire de l’histoire, comment les gens s’habillaient dans le passé. Elle trouve aussi ses idées dans la végétation, dans la couleur des fleurs, des animaux, et des insectes dont les nuances chromées la fascinent. « Mon inspiration vient de la vie quotidienne et de la nature. Des fois ce sont les formes qui me dirigent. Parfois le tissu me dit ce qu’il faut faire de lui » dit-elle.

Madagascar… partout

Photo: ©Geoffrey Gaspard

La styliste vante les atouts humains, culturels, de biodiversité, d’endémicité de Madagascar « c’est cette richesse qui m’anime. J’ai vécu toute ma vie à Madagascar, je ne connais que Madagascar, sa beauté m’impressionne toujours. Plus je le découvre, plus je l’aime et plus je l’aime je me bats pour lui » dit-elle. Elle déclare avoir l’envie de faire découvrir l’amour pour ce pays : « A travers ce que je sais faire, en tant que fashion designer ». A partir de ces réalisations, Michela souhaite transmettre au monde et surtout aux Malgaches que le pays n’est pas que pauvreté, qu’il y existe une multitude de possibilités. Elle désire apporter un changement et impacter sur la vision des Malgaches de Madagascar.

Un pas vers cette vision de Michela Ramitomboson a été réalisé le 12 juillet en France. Une de ses créations a été portée lors de l’Ethical Gold, un événement de Better World Fund dans le cadre du festival de Cannes. Eileen Akbaraly, fondatrice de Made for a Woman “a accordé sa confiance” à Michela Ramitomboson pour la création d’une robe, complétant la collection présentée au défilé de ce 12 juillet.

Ne jamais abandonner

Photo: ©Mamy Time

La jeune femme soutient n’avoir jamais pensé à abandonner malgré les moments de doute. Elle se pose des questions : si elle est à la hauteur de ses ambitions et si elle est à la hauteur de ce qu’elle fait ; si elle fait bien les choses comme il faut. Pour Michela Ramitomboson « c’est bien de douter, cela veut dire, que nous sommes dans une période d’évolution. Que ce qui est fait n’est pas assez, qu’il faut faire plus. Si nous sommes en constance de satisfaction, cela n’amène pas plus loin. Il faut bouger, s‘améliorer. Il faut travailler plus ». Michela Ramitomboson ne considère pas que son mode de travail actuel soit professionnel. Elle estime que tant qu’elle assure plusieurs responsabilités et fonctions qu’un personnel dédié devrait remplir, My Mitoo n’est pas dans le professionnalisme. « Il faut que je passe plus de temps à la création, que je fasse des tests, que j’expérimente. Je devrais y consacrer plus de temps, le contraire s’applique actuellement. Pour l’instant, nous travaillons artisanalement » confie-t-elle.

Maholy Andrianaivo

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