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Zafimaniry: pour que la singularité culturelle demeure

Le peuple zafimaniry se repartit dans cinq Communes du district d’Ambositra dont Antoetra. Ils évoluent à une altitude de 1000 à 1800 mètres – Photo: ©Tangalamamy

Penser aux Zafimaniry ramène à se représenter des maisons en bois de couleurs sombres, à des messages indéchiffrables laissés par les sculpteurs, à un peuple mystérieux qui semble en tout temps en défense face au froid

Parler des régions zafimaniry aux professionnels du tourisme ramène aux randonnées pédestres en hautes altitudes, dans les brumes et aux achats d’objets d’art de bois sculptés aux villages.

Aucune de ces connaissances acquises n’est fausse, néanmoins le Zafimaniry ne se limite pas au savoir-faire du travail du bois, ni à ses collines brumeuses ou à ses paysages fantasques. Le Zafimaniry est toute une culture à découvrir, toute une histoire qui ne peut-être contée en un seul article.

Une existence dépendante de la forêt

L’histoire du peuple zafimaniry est assez complexe. Il échappait au danger de la déforestation et est désormais rattrapée par le même problème. Dans son explicatif sur l’inscription du savoir-faire du travail du bois des Zafimaniry à la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, l’UNESCO indique que ce peuple a quitté sa région d’origine pour échapper à la déforestation qui ravageait la majeure partie du pays au 18ème siècle. Les Zafimaniry pratiquaient l’agriculture, construisaient leur maison en travaillant manuellement le bois, ils recueillaient aussi le miel de la forêt. Les Zafimaniry ne pouvaient pas évoluer sans la proximité des forêts. Raphaël Ralairavo, doyen d’un des regroupements des villages d’Antoetra raconte qu’une communauté était partie de l’Imerina et se déplaçait vers le sud-est de Madagascar. Arrivée à un endroit, jugeant qu’il correspondait aux attentes de sa communauté, le chef de la communauté dit « c’est ici que nous allons demeurer », en Malgache « eto isika no hitoetra ». L’endroit fut appelé Antoetra.

A cause de ces nombreux déplacements, jusqu’à leur arrivée dans les environs d’Ambositra, les Zafimaniry ont développé une technique de construction qui rendaient amovibles leurs habitats.

Les valeurs communautaires : leurs conservations et leurs incontournables mutations   

La toile d’araignée et le rayon de ruche représentent les liens familiaux et la vie communautaire                    – Photo: © Tangalamamy

Les sculpteurs d’Antoetra ne sont pas contre le partage de connaissance, la transmission de leur savoir-faire à d’autres artisans ou artistes. Toutefois Guy Razafihaja, sculpteur à Antoetra souligne « ce sont les usurpations qui nous dérangent.Des vendeurs de sculptures soutiennent à leurs clients que les objets qu’ils vendent sont des œuvres zafimaniry alors qu’il n’en est rien ». D’après les explications de ce sculpteur, les motifs zafimaniry ne représentent ni animaux ni paysages, « il ne suffit pas que le bois comporte quelques tracées pour que le produit puisse être identifié Zafimaniry ». Les motifs sont représentatifs des valeurs de la communauté : le tanamparoratra, la toile d’araignée symbole des liens familiaux et le papintantely (rayon formé par les cellules hexagonales de cire d’abeille) représentant la vie communautaire se retrouvent sur les portes et fenêtres.

Guy Razafihaja est convaincu que la transmission de connaissances entre les différentes générations devrait se faire naturellement. Il se rend compte que l’avenir de sa communauté est en transformation. Il souhaite que ses enfants poursuivent leurs études pour qu’ils construisent leur avenir sans l’influence des traditions. Guy, est attaché à l’art et au savoir-faire zafimaniry. Avec l’aide d’autres personnes du village, il a érigé son tranomena, la maison zafimaniry traditionnelle : tout en bois et construite suivant la technique du tenon et de la mortaise. C’est-à-dire que les emboîtements des bois garantissent la solidité de la construction, sans recourir à des matériaux métalliques. Le tranomena de Guy Razafihaja fait office de magasin. Pour des raisons de sécurité, Guy et sa famille ont un foyer en brique. La question de sécurité est d’ailleurs la principale cause d’abandon des tranomena à Antoetra.

Une organisation communautaire à préserver

Raphaël Ralairavo, dans un futur proche sera le tangalamena d’Antoetra. Photo: © Tangalamamy

Les adaptations et les changements touchent aussi l’organisation au sein de la communauté. Raphaël Ralairavo, le futur Tangalamena d’Antoetra,un des plus âgés des hommes des villages, explique que la médiation et la conciliation dans les conflits sociaux est un des rôles du Tangalamena et des doyens des quatre groupes de villages d’Antoetra.  « Certaines personnes font fi de l’autorité traditionnelle et communautaire, prétendant connaitre la procédure légale. Celle de l’Administration étatique (NDLR). Elles se procurent un certificat médical et vont loin dans la procédure afin de trouver justice, sans considérer le lien à préserver au sein de la communauté ». Malgré les mutations,les incursions qui affectent la communauté zafimaniry, Raphaël Ralairavo demeure confiant « la mémoire ne perdra pas la culture et les connaissances zafimaniry. Elles se transmettront toujours». La garde et la préservation de la culture sont d’ailleurs dans les attributions du Tangalamena et des Raiamandreny to teny (ceux à qui l’on respecte la parole).

Depuis 2008, le savoir-faire du travail du bois des Zafimaniry est inscrit à la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture(UNESCO). Cette inscription signifie que les efforts pour la sauvegarde de ce patrimoine sont à soutenir. D’après l’Organisation « le patrimoine culturel immatériel est un facteur important du maintien de la diversité culturelle face à la mondialisation croissante. »

Depuis des années, des initiatives individuelles et associatives prennent de l’ampleur afin de reconstituer les ressources forestières des régions zafimaniry. Des tranomena ont été construites afin de représenter et de conserver le savoir-faire traditionnel lié au travail du bois.      

Par Maholy Andrianaivo